Sommaire
Nous retrouvons Benoit Rougelot, architecte associé de l’agence Landfabrik à Paris dans le 20e. Il est accompagné de Robinson Lodé de l’agence Tequi.
Le parcours de Benoit
Benoit est architecte praticien et enseignant à l’ENSA La Villette. Son enfance au Maroc et au Japon a probablement forgé son appétence pour la terre et le bois. Sa formation à l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux et un séjour en Norvège ont renforcé son intérêt pour la construction bois et la pratique. Sa philosophie est l’apprentissage par l’action : il promeut les chantiers-formations pour que les étudiants touchent la matière et comprennent les réalités du terrain. Il aime utiliser la paille ou la terre pour créer des ambiances de chantier positives et collaboratives, favorisant également la féminisation des métiers du bâtiment. Sa démarche professionnelle est cohérente avec un mode de vie personnel engagé (alimentation locale, limitation des voyages en avion).
Nous avons rencontré Benoit au Forum Bois Construction 2025 à l’occasion de sa présentation du projet “Sarcopaille” (isolation thermique des ateliers de construction des décors de la comédie française à Sarcelles).Sa démarche nous avait alors déjà séduite (isolation biosourcée, chantier participatif, utilisation de la terre crue du site). Le projet a directement visé l’ambition 2050 du décret tertiaire, soit une réduction de 60% des consommations. Le retour d’expérience sur l’épisode de canicule actuel a été très positif, confirmant l’efficacité de l’isolation paille. Les ateliers, qui devaient auparavant fermer à cause de la chaleur, peuvent désormais rester actifs. De plus, le nouveau bardage en bois brut a amélioré l’aspect du bâtiment. Le projet a suscité l’intérêt des voisins qui se sont informés auprès de l’agence pour envisager le même type d’opération.
Visite d’un bâtiment école
Le site sur lequel nous nous retrouvons est un projet de construction d’un abri pour une sortie de parking et un aménagement paysager autour, réalisé lors d’un atelier intensif avec des étudiants de l’école d’architecture de La Villette. Le chantier était encadré par des professionnels (charpentier, maçon terre crue) et réalisé par les étudiants sur 4 semaines.
Matériaux :
- Terre crue : Utilisation de la technique du torchis, avec de la terre récupérée d’un chantier francilien.
- Bois de réemploi : Structure réalisée avec du bois de récupération (charpente de la Grande Coco, lisse basse en châtaignier d’une grange, poteaux trouvés dans une benne de chantier). Le projet a été redessiné en fonction des ressources disponibles.
Les abords ont bénéficié d’une renaturation maximale en collaboration avec les “Jardiniers à vélo”, qui utilisent des plants locaux (en lien avec Verger Urbain, Pépin Production) adaptés au climat parisien. Une plantation de houblon en partenariat avec un micro-brasseur du quartier, qui vient le récolter pour sa production, crée un lien avec la vie associative locale. L’eau est approvisionnée par une cuve de récupération d’eau de pluie issue du réemploi (ancienne cuve de vigneron) pour l’arrosage et pour alimenter une rigole en béton expérimentale visant à rafraîchir l’air par évaporation.
Le projet a été possible grâce au maitre d’ouvrage, Paris Habitat, qui est un bailleur social engagé dans un plan climat ambitieux. Les avis des habitants sont partagés : une partie a salué l’initiative, tandis qu’une autre l’a critiquée (“trucs du Moyen-Âge”). Une moitié de la voie pompier réalisée en “terre-pierre” (dalles-gazon) est un échec en raison de la faible épaisseur de terre (4 cm) et d’une circulation de véhicules (scooters, livraisons) plus intense que prévu. Malgré cela, l’expérimentation est intéressante et montre que l’usage de terre en Ile de France est possible mais reste une démarche nécessitant une participation active de tous les acteurs d’un projet.
Engagement personnel
Le geste éco de Benoit : choisir de ne pas réaliser certains projets de voyage lointain (Japon par exemple) pour limiter son recours à l’avion.
Nous avons échangé avec Benoit sur beaucoup de points de vue concernant la construction bio-sourcée et géo-sourcée, qui pourront faire l’objet d’autres restitutions. Il nous a invité à participer à un apéro BTP (Bois Terre Paille) le soir même à Pantin …
